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Le déficit d’urologie dans l’expertise médico-légale des blessés médullaires : un enjeu majeur pour l’indemnisation du préjudice corporel


Une insuffisante prise en compte des troubles urologiques des blessés médullaires

Un paradoxe persistant nuit à la qualité de l’expertise médico-légale des blessés médullaires, qu’il s’agisse de personnes paraplégiques ou tétraplégiques.

Les problèmes vésico-sphinctériens y sont peu ou mal abordés, alors qu’ils représentent une menace principale pour l’autonomie et la dignité de ces blessés.

Les conséquences des vessies neurologiques après une lésion médullaire

Le mécanisme des vessies neurologiques ne pose pourtant aucune difficulté en matière d’imputabilité.

Selon la hauteur de l’atteinte médullaire, la vessie connaît un excès (territoire sacré) ou un déficit (cône médullaire) de contraction.

L’incontinence se manifeste alors par des mictions impérieuses incontrôlables ou des rétentions chroniques à l’origine de fuites attentatoires à la santé et à la dignité.

Les risques de complications figurent, de manière compréhensible, parmi les principales inquiétudes des blessés, qui peuvent connaître des infections fébriles, des reflux d’urine vers les reins et des insuffisances rénales.

Jusqu’à ce que la prise en charge soit mieux codifiée au milieu des années 1970 grâce à des outils efficaces, les complications urinaires représentaient la première cause de décès.

Elles restent aujourd’hui une cause majeure de mortalité dans les pays où le système de soins demeure insuffisant.

Un retentissement majeur sur la qualité de vie

Au-delà des enjeux sanitaires et de survie, le retentissement sur la qualité de vie est négligé malgré une bibliographie médicale qui l’érige en préoccupation majeure.

Une étude multicentrique fait notamment référence depuis plus de vingt-cinq ans (Quality of Life in Spinal Cord Injury Patients with Urinary Difficulties, Costa, Perrouin-Verbe, Colvez et al., European Urology, 2001). Malgré cet écho européen et le questionnaire qui en a découlé (Qualiveen), cet impact existentiel reste mal apprécié en expertise médico-légale.

Le prisme unique du déficit de la fonction est trop souvent privilégié au détriment du retentissement dans le fonctionnement quotidien.

Pourtant, la majoration d’un taux de déficit fonctionnel permanent (DFP) n’a jamais résolu la dépendance aux sondages intermittents, les perturbations dans la vie intime, les restrictions à la vie sociale par la peur des fuites en public ou encore la fréquence des infections.

Une meilleure expertise pour une meilleure indemnisation

L’impact de ces troubles mérite d’être apprécié dans toutes ses dimensions, notamment au regard des possibles majorations du besoin en aide humaine et de l’entrave à la réinsertion professionnelle.

Pour améliorer la justesse des expertises médico-légales, il paraît souhaitable que les urologues investissent davantage le champ de l’expertise des blessés médullaires.

Leur absence nuit à la qualité de la réflexion.

La lourdeur de leur charge médicale en est probablement la cause.

Mais une expertise de qualité peut aussi contribuer à restaurer la qualité de vie que recherche le soin.

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